Notre vision sur la littérature

Écrire n’est pas un privilège. C’est un geste humain, ancien… et exigeant.


La créativité humaine : un besoin ancestral, populaire, universel

Bien avant le papier, bien avant l’imprimerie, bien avant même l’invention de l’écriture, les humains se racontaient déjà des histoires.

Autour du feu, dans les champs, sur les routes, on transmettait :

  • des savoirs (comment survivre, où trouver l’eau, quoi craindre)
  • des mythes, des légendes, des récits fondateurs
  • des modèles, des avertissements, des espoirs
people gathered around camp fire at nighttime
Photo by Joris Voeten / Unsplash

La fiction n’est pas née avec le roman. Elle est née avec la parole.
L’Épopée de Gilgamesh n’est que la pointe émergée d’une montagne de récits oraux qui l’ont précédée.

Raconter des histoires, ce n’est donc pas un hobby moderne pour gens inspirés.
C’est un besoin humain ancestral : comprendre, transmettre, relier.

La vraie question n’est pas : « Suis-je légitime pour écrire ? »
Mais plutôt : « Qu’est-ce que je choisis de transmettre, et avec quelle honnêteté ? »
a person with their hand on a rock
Photo by NEOM / Unsplash

Écrire n’est pas un privilège élitiste

Pendant longtemps, l’écriture a été confisquée :

  • par ceux qui savaient lire et écrire : moines, nobles, “gens de lettres”
  • par ceux qui avaient le temps, l’argent, les mécènes
  • par ceux qui avaient accès au papier, aux cercles, aux salons

Les conteurs populaires existaient, mais leurs histoires n’étaient pas publiées.
Elles restaient orales, donc fragiles, déformées, effacées.

De là est née, dans certains milieux, une noblesse littéraire qui continue encore aujourd’hui à décider ce qui serait de la “vraie littérature” — et à considérer le reste comme inférieur, indigne, “commercial”, ou “trop populaire”.

Les choix orthographiques de certains mots français, et l’académie française en sont des reliques modernes.

stone ruins under cloudy sky
Photo by Yoal Desurmont / Unsplash

Pour nous, ce discours est toxique.

Aujourd’hui, dans nos sociétés occidentales :

  • le support d’écriture est disponible à presque tout le monde ;
  • n’importe qui peut, théoriquement, devenir auteur ou autrice.

Ce n’est pas un privilège.
Ce qui fait la différence, ce n’est pas l’ADN, ni la naissance, ni “l’inspiration sacrée”.
C’est la patience, la persévérance, le travail, l’apprentissage des compétences.

Léonard de Vinci n’a pas produit des chefs-d’œuvre au premier coup de pinceau.
Il a travaillé, observé, corrigé, recommencé, toute sa vie.

Leonardo da Vinci head bust
Photo by Blaz Erzetic / Unsplash

Il en va de même pour l’écriture :

  • l’imaginaire est universel ;
  • la maîtrise de l’écriture, elle, se travaille.

Alors, pourquoi laisser croire que la littérature serait réservée à une petite caste de “vrais auteurs” qui décideraient qui a le droit d’exister ?


Art et technique : en finir avec le mythe de l’inspiration

On nous a vendu l’image de l’écrivain inspiré par les muses, recevant des phrases parfaites en regardant la pluie tomber à la fenêtre.

C’est une belle image.
C’est aussi un mensonge dangereux.

L’inspiration n’est qu’une étincelle.
Une étincelle ne suffit pas à faire rouler un moteur :

  • il faut du carburant
  • il faut un système qui fonctionne
  • il faut des heures de réglage, de maintenance, d’essais et d’erreurs

Être “bien inspiré·e” est une bonne façon de commencer une histoire.
Mais ça ne suffit pas à la terminer, ni à en faire une œuvre solide.

Des millénaires de narration ont permis de comprendre, empiriquement :

  • ce qui distingue une bonne narration d’une mauvaise,
  • ce qui fait qu’un personnage paraît vivant ou plat,
  • ce qui rend un univers crédible ou carton-pâte,
  • ce qui fait qu’une intrigue tient debout ou s’effondre.
black and orange power tool
Photo by Realmac Software / Unsplash

Derrière les œuvres qui nous marquent, il y a :

  • des compétences concrètes,
  • des choix techniques,
  • des révisions invisibles,
  • des renoncements,
  • une structure que le lecteur ne voit pas mais ressent.
L’inspiration fait naître l’envie d’écrire.
La technique permet d’aller jusqu’au bout, et d’y revenir mieux armé la fois suivante.

La technique au service de la liberté créative

Nous avons la conviction qu’apprendre l’écriture comme un ensemble de compétences change tout :

  • structure, personnages, univers, rythme, point de vue, thème, style…
  • ce sont des leviers, pas des cages.

Quand on maîtrise ces fondations :

  • on peut partir d’un cliché volontairement,
  • on peut le détourner, le creuser, le tordre, le subvertir,
  • on peut transformer une idée “déjà vue” en quelque chose de singulier.

Ce n’est pas en cherchant l’idée la plus folle qu’on devient original.
C’est en apprenant à mieux regarder, mieux comprendre, mieux exécuter.

La technique ne tue pas l’art.
Elle lui donne un corps.

Bac de philo : L’Art - Fiche de révision
L’origine étymologique du mot « art » provient du terme grec « technè » qui signifie « technique ». À l’origine, « art » faisait référence à la technique, sans distinction entre l’artiste et l’artisan. Cette distinction a émergé au XVIIIe siècle, lorsque l’Académie a différencié l’ordre des arts mécaniques, c’est-à-dire l’artisanat, de l’ordre des Beaux-Arts, que l’on appelle aujourd’hui l’art.

Alors, que pourrait devenir votre écriture si vous décidiez de traiter vos histoires comme un art à pratiquer… et un métier à apprendre ?


Devenir auteur professionnel : sortir du mythe de l’artiste maudit

On a longtemps glorifié l’image de l’artiste :

  • pauvre, incompris, torturé,
  • écrivant la nuit en marge de la “vraie société”,
  • vivant presque uniquement de reconnaissance symbolique, rarement d’argent.

Historiquement, l’écrivain vivait :

  • de mécènes,
  • de rentes,
  • d’un statut social qui lui laissait du temps.

Ceux qui n’avaient ni fortune, ni appuis, ni réseaux, ni éducation,
pouvaient être de grands conteurs… mais rarement des auteurs publiés. Nombre d’entre eux n’ont été reconnus qu’après leur mort. Mais alors, de quoi vivaient-ils ?

Aujourd’hui encore, beaucoup d’auteurs :

  • ne vivent pas de leurs livres,
  • naviguent entre jobs alimentaires,
  • subissent des statuts juridiques complexes,
  • n’ont pas été formés à l’entrepreneuriat, ni au marketing, ni au simple fait de se vendre.

Et pourtant, l’auteur fait un travail.
Un travail qui a de la valeur.
Un travail qui mérite rémunération, reconnaissance, stabilité.

Se professionnaliser en tant qu’auteur, ce n’est pas “vendre son âme”.
C’est créer les conditions pour continuer à écrire sans s’épuiser.
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Photo by Marten Bjork / Unsplash

L’auteur, un travailleur comme les autres… avec des contraintes en plus

Dans la réalité :

  • le droit d’auteur, en France, ne garantit pas une vie décente ;
  • pour proposer des ateliers, des interventions, des prestations, il faut un statut d’entrepreneur ;
  • pour rendre une œuvre visible, il faut apprendre à la présenter, la défendre, la rendre trouvable.

Beaucoup d’auteurs se pensent “juste artistes” et voient la critique, le marketing, la stratégie comme quelque chose de sale ou d’indigne.

Résultat :

  • ils progressent moins vite sur leurs compétences ;
  • ils vendent peu, ou mal ;
  • ils finissent par douter de leur légitimité.

Nous pensons l’inverse :

  • accepter la part professionnelle du métier, c’est gagner en liberté,
  • ne pas dépendre d’un mécène, d’un lobby, d’un sponsor qui dicte le contenu,
  • pouvoir refuser des compromis qui trahiraient vos valeurs.

Et vous, jusqu’où êtes-vous prêt·e à aller pour traiter votre écriture comme un vrai métier ?


Sortir de l’isolement : l’écriture est un travail d’équipe

On fantasme l’image de l’auteur solitaire, seul face à sa page.
Mais un livre, en réalité, mobilise :

  • des alpha-lecteurs, des bêta-lecteurs, des correcteurs,
  • des éditeurs, des graphistes, des maquettistes,
  • des libraires, des communicants, des diffuseurs…

L’auteur n’est pas isolé par nature.
Il est isolé par construction :

  • parce que la société le renvoie à son côté introverti,
  • parce que le système l’encourage à ne pas trop se regrouper,
  • parce que des professions organisées et syndiquées sont plus difficiles à exploiter.

Les communautés d’auteurs émergent peu à peu, notamment grâce à l’auto-édition et à Internet.
C’est une chance, et un tournant.

Se regrouper entre auteurs, c’est :

  • partager les réalités du métier,
  • comparer les conditions de travail,
  • mutualiser les compétences,
  • cesser de croire que nos échecs sont uniquement “personnels”.

Nous croyons à la force du collectif :
un auteur accompagné, entouré, informé va toujours plus loin qu’un auteur laissé seul dans son coin.

A painting of a field of flowers with a blue sky in the background
Photo by Shoumendu Mukherjee / Unsplash

L’auteur dans la société : une responsabilité envers le monde

Avant les réseaux sociaux, les auteurs étaient, d’une certaine manière, des influenceurs :

  • leurs textes circulaient,
  • leurs idées nourrissaient l’opinion,
  • leurs pièces, leurs romans faisaient bouger des lignes.

Molière, par exemple, sous mécénat royal, a quand même heurté certains intérêts.
Certaines pièces ont été censurées, interdites.
On voit bien à quel point un auteur, bien placé, peut déranger.

Aujourd’hui encore :

  • certaines œuvres sont massivement mises en avant parce qu’elles servent une vision du monde (surtout lorsque des milliardaires traditionnalistes s’en chargent),
  • d’autres sont étouffées parce qu’elles dérangent (ex: taxer lesdits milliardaires).

Un auteur n’est jamais neutre :

  • ses thèmes, ses angles, ses choix de personnages,
  • ce qu’il normalise, ce qu’il ridiculise, ce qu’il glorifie,
  • tout cela finit dans la tête du lecteur.
Écrire, c’est accepter qu’on diffuse une façon de voir le monde.
Refuser de s’en sentir responsable, c’est se mentir.

Divertir ne suffit plus

Il existe des œuvres qu’on dévore, qu’on referme… et qu’on oublie.
Elles nous ont divertis sur le moment, mais :

  • elles ne laissent pas de trace,
  • elles ne posent aucune question,
  • elles ne nourrissent presque rien.

Ce ne sont pas forcément de “mauvais” livres.
Mais on peut les comparer à ces légumes qui, cultivés en masse, ont perdu une grande partie de leurs nutriments : on en mange, on est “rempli”, mais on ne se nourrit pas vraiment.

Woman giving a thumbs down gesture
Photo by Vitaly Gariev / Unsplash

Avec la prolifération des contenus :

  • il y a de plus en plus de livres,
  • de plus en plus d’auteurs,
  • et beaucoup d’œuvres qui reposent davantage sur un bon marketing que sur une vraie maîtrise narrative.

Un succès commercial ne garantit pas une grande qualité littéraire.
Il dit souvent deux choses : que le livre est bien positionné, et que le public y trouvait quelque chose à ce moment-là.

Nous, ce qui nous intéresse, c’est autre chose :

  • des œuvres qui laissent une marque,
  • qui révèlent quelque chose du monde ou de l’humain,
  • qui osent une profondeur, une nuance, une prise de position,
  • qui permettent au lecteur de se regarder, de regarder la société, autrement.

Ce que nous voulons soutenir

Nous voulons accompagner :

  • des auteurs qui acceptent de voir l’écriture comme un chemin personnel et professionnel,
  • des créateurs qui veulent apprendre des compétences, pas s’abriter derrière le mythe du génie,
  • des voix qui veulent être à la fois lisibles, libres… et responsables.

Concrètement, cela passe par :

  • des contenus qui démontent les idées reçues sur l’écriture,
  • des ateliers et des espaces pour travailler des compétences précises,
  • une vision du métier d’auteur qui ne sépare plus l’art, la technique et l’économie,
  • une communauté qui refuse l’élitisme tout en revendiquant l’exigence.

Nous ne croyons pas à la littérature comme piédestal.
Nous croyons à la littérature comme creuset :

  • où l’on affine sa pensée,
  • où l’on se confronte aux autres,
  • où l’on assume ce que l’on transmet.

Alors, vous, en tant qu’auteur ou futur auteur :

  • Qu’est-ce que vous avez réellement envie de laisser dans l’esprit de vos lecteurs ?
  • Jusqu’où êtes-vous prêt·e à travailler pour que vos histoires soient à la hauteur de ce que vous voulez transmettre ?
  • Et de quel côté voulez-vous vous situer : celui de la noblesse littéraire qui exclut… ou celui des créateurs qui construisent ensemble ?

C’est à ces questions que notre travail, nos articles et nos ateliers cherchent à vous aider à répondre.